« Nyimumek » signifie en langue française « l’approche multidimensionnelle ».
Elle est accompagnée d’une des devises qui résume le sens profond de notre vision culturelle « atrena i eö la mene i eö » qui se traduit par « ton savoir c’est ton pouvoir »
« Nyimumek » a pour objet de proposer :
- Du consulting et des formations dans l’enseignement.
- Une expertise en culture kanak.
- Une expertise et des formations dans l’accompagnement socio-culturel kanak.
- L’ingénierie, formation et didactique des disciplines scolaire.
NOM : WAMINYA
PRÉNOM : Wenisie, Richard
PROFESSION : ENSEIGNANT-CHERCHEUR
( Docteur en science de l’éducation, spécialité ethnomathématique)
LIEU : PROVINCE DES ILES LOYAUTE
Mon nom en drehu « Wenisie » signifie « briser les guerres ou les conflits ». Seul à porter de droit ce nom coutumier qui a une connotation philosophique très marquée.
Cette influence patronymique semble me poursuivre tout au long de ma vie qu’il est impossible de m’en défaire. Une volonté de vivre ensemble et de partager dans le respect d’autrui ses valeurs culturelles. Etre écarté d’un groupe de pression quel qu’il soit mais s’obstiner à résister selon des stratégies de dissuasion variées pour pouvoir exister. Tenter d’apaiser les tensions par l’esprit d’abnégation et inciter par le respect et l’humilité à la réconciliation. Vivre avec les personnes en étant sans cesse renié et dénigré mais sortir vainqueur dans les conflits par le respect, la tolérance, le sacrifice, l’humilité et la modestie. C’est l’éternel combat auquel je suis confronté chaque jour dans ma vie.
Né en 1961 à Nouméa, j’ai vécu mes premières années d’enfance sur l’île de Nouville en face de la ville de Nouméa (capitale de la Nouvelle-Calédonie), plus particulièrement près de la prison (Camp-Est) où mon père était geôlier.
1966 : Mon père a été innocemment incarcéré pour des fautes qu’il n’a pas commises. J’ai donc grandi seul avec ma mère et mes frères et sœurs dans les années d’angoisse et d’inquiétude où aller à l’école en tant que kanak était un privilège et un défi pour les caldoches. Il est vrai qu’en étant geôlier mon père faisait partie des premiers fonctionnaires kanak. Il fut incarcéré par solidarité avec les 7 autres policiers kanak qui avaient commis des actes répréhensibles.
1965 – 1966 : J’ai bénéficié de la fréquentation des écoles publiques qui étaient normalement réservées aux « blancs ». J’ai fréquenté l’école de Suzanne Russier à l’emplacement actuel de la nouvelle mairie de Nouméa.
1966 – 1967 : Nous avions, ma petite famille, été abandonnés sur le quai de Nouméa à la suite de l’incarcération de mon père. Avec toutes les familles des policiers incarcérés nous étions avec nos bagages déposés sur le quai sans savoir où aller.
C’est alors la grande sœur de mon père (jeannette, hnëmën) travaillant comme femme de ménage à l’ORTF (Office de Radio et Télévision Française) qui nous a accueillis chez elle avec ses cinq enfants. J’ai donc continué ma scolarité avec mes cousins à l’école Frédéric Surleau près de la grande cathédrale de Nouméa.
1968 : J’ai commencé l’école à Amélie Cosnier à Nouville pour être près de ma mère qui travaillait comme cuisinière dans un centre de redressement pour adolescents.
1969 : J’ai été scolarisé à l’école de THIO chez mon oncle pour un an.
1970 – 1973 : C’est l’année où mon père a été libéré par la bienveillance du juge de l’époque lors du droit d’amnistie accordé à la suite de l’élection présidentielle de Georges Pompidou. J’ai été scolarisé dans une école publique réservée pour les kanak à Nouville. Nous étions entre nous mais il était formellement interdit de parler notre langue maternelle sous peine d’être sanctionnés. On nous mettait une affiche sur le dos avec l’inscription « je dois parler en français ou je suis un âne » et on devait le porter pendant la récréation. Dans la classe, un mot en langue maternelle et on avait droit à des coups de règles en fer sur les doigts de la main.
1974 – 1977 : Pour accéder au collège, on devait se présenter aux examens d’entrée au sixième. La majorité d’entre nous était orientée vers le certificat d’étude primaire puis vers la vie active. Mon père a pris la décision de m’envoyer dans un collège privé à 200 km de Nouméa (Houailou – Do-Néva). Je me suis retrouvé avec tous les élèves kanak des îles et de la grande terre. À la fin de l’année 1977, j’ai passé mon diplôme d’animateur (BAFA) avec des enfants de toutes les ethnies confondues.
1978 : Je suis rentré au lycée privé Blaise Pascal à Nouméa. J’étais confronté aux professeurs qui n’arrêtaient pas de me répéter que je n’avais pas d’avenir dans le lycée et que je terminerais ma vie dans les champs d’ignames. Je fus renvoyé au mi –novembre du lycée à la grande tristesse de mon père qui me répétait sans cesse « l’important ce n’est pas ce que l’on est mon fils car il y aura toujours des gens bons et mauvais là où on va mais plutôt ce que tu deviendras parce ce que tu as fait de bien dans ta vie ».
1979 : Première ouverture du lycée privé Do-Kamo. Mon père m’inscrit et m’encourage de prouver par mes études que je ne serais pas un planteur d’ignames. Les trois années se sont soldées par un échec. Je n’obtiens pas mon Bac et je rentre dans la vie active.
1982 : Je travaille comme agent de la statistique à l’aéroport de la Tontouta.
1983 : Je m’engage au Service National à Clermont-Ferrand et m’engage dans les casques bleus de l’ONU.
1984 : Je retourne en Nouvelle-Calédonie et fais quelques remplacements au CIO (centre d’information et d’orientation) puis au lycée Pétro Attiti comme agent comptable.
1985 : Je me présente en tant que candidat libre au BAC D (scientifique) que j’obtiens avec succès au deuxième tour, ce qui me permet de participer au concours d’entrée à l’ITFM (Institut de Formation Territorial des Maîtres) obtenu aussi avec succès.
1986 – 1988 : Je rentre à l’ITFM. Ces trois années ont été un grand défi dans ma vie. Nous étions une dizaine de jeunes kanak à avoir reçu le concours et à la fin on était plus que deux.
On nous appelait les kanak de service pour nous montrer qu’on n’était pas à notre place. Le comportement raciste et provocateur du directeur du centre ainsi que les élèves caldoches nous mettaient sans cesse à l’épreuve mais les résultats scolaires et notre attitude sereine en étaient tout autrement.
1988 : J’obtiens mon DEUG pour l’enseignement au premier degré. Je suis muté à Lifou.
1989 : Je suis affecté dans une école primaire de Hnassé. L’école n’est tenue que par des enseignants kanak drehu. Le regard des collègues kanak sont méfiants à mon égard. Etre kanak chez soi et être haï par son statut social, c’est le début d’un autre combat dans un autre contexte, mon île d’appartenance.
1991 : Je suis muté dans une autre école Luecila (5 classes) et la Direction de l’Enseignement de la Province Iles m’a confié la formation des stagiaires enseignants de l’ITFM ainsi que les enseignants remplaçants de Lifou.
1992 : On me nomme directeur de l’école ainsi que formateur des enseignants stagiaires et remplaçants du premier degré.
1993 : Je passe mon diplôme de formateur pédagogique (CAFIMAF) avec succès.
1997 : On me nomme dans une autre école de 8 classes, Ecole de Chépénéhé. On me confie le suivi des enseignants qui préparent leur diplôme de CAFIMAF. Je suis d’ailleurs invité à plusieurs reprises en tant que membre du jury pour les examens du CAFIMAF.
1998 : Les conflits dans ma tribu sont intenses, je suis accusé de fauteurs de troubles, par mon refus d’engagement dans la politique du pays, ma situation professionnelle et surtout mon engagement dans une nouvelle religion des « Témoins de Jéhovah ». Tous mes biens ont été incendiés. Les personnes souhaitaient ma perdition mais c’est l’effet inverse qui s’est produit.
1999 -2000 : Je me suis inscrit dans les sciences de l’éducation. À la sortie des événements, j’ai connu des moments de tensions et de perte de mémoire qui m’ont énormément perturbé dans ma formation universitaire. Cela ne m’a pas empêché d’obtenir ma licence. Cette même année je suis nommé maître formateur permanent pour suivre les stagiaires de l’IFMNC (Institut de Formation des Maîtres de la Nouvelle-Calédonie) et de l’IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres).
2001 -2003 : Préparation de la maîtrise. J’ai dû payer moi-même ma formation, mes déplacements et prendre mes périodes de vacances scolaires pour assister au cours et à la validation des modules. En 2001, à la rentrée de la métropole, on m’a licencié sous prétexte que j’ai fait un abandon de poste. Je suis partie en longue maladie mais cela ne m’a pas découragé pour autant.
2003 : Je passe ma maîtrise avec mention. Je rencontre JC Regnier qui m’encourage à poursuivre mes études. Chaque vacance, je paie mes déplacements pour la métropole au détriment de ma petite famille qui reste très solidaire à mon projet.
2004 – 2006 : Préparation du Master 2 recherche. Je fais partie des tuteurs pour les enseignants préparant leurs mémoires de Licence en sciences de l’éducation.
2006 : Je passe mon master 2 Recherche avec mention.
2006 – 2007 : Préparation du Master 2 Professionnel. Je pars en métropole pour préparer le diplôme de chef d’établissement Master Professionnel (AEE) à Lyon. Je reçois l’année 2007 le premier prix de l’AAUL.
2007 : Diplôme du Lauréat (2006/2007) en sciences de l’éducation avec le mémoire de DEA sur les unités de mesure de longueurs kanak. C’est aussi l’année de l’obtention de mon Master2 Professionnel.
2008 – 2011 : Préparation du doctorat. Le projet triennal en rapport avec la thèse de doctorat et conclut avec la Province des Iles Loyauté.
2008 : Nomination en tant qu’enseignant chercheur pour la direction de l’enseignement de la Province des Iles Loyauté dans la cellule LCK. Ouverture officieuse du centre de recherche pédagogique LCK.
2009 : Changement de politique et nouvelle nomination des autorités administratives. Lancement effectif de la mise en place et de l’organisation du centre.
2010 : Première participation provinciale au séminaire des écoles plurilingues. Le projet LCK est maintenant CLK donne une autre dimension à l’enseignement de la Culture et Langues Kanak à l’école. La Province prend en compte mon projet de thèse et finance pour la première fois mes déplacements aux séminaires à Lyon.
2011 : Parution du premier ouvrage en langue drehu en mathématiques. Prise en compte de mon contrat doctoral. Membre du comité de pilotage pour préparer l’intégration de l’enseignement des langues kanak dans le nouveau système éducatif calédonien. Invitation aux Etats Généraux de l’Outremer organisé par la DGLFLF (Délégation Générale sur la Langue Française et les Langues de France).
Le 14 novembre je soutiens ma thèse de doctorat à Lyon 2 et je reçois la plus haute mention « Très honorable avec les félicitations du jury ».
Le 11 décembre je participe aux Etats Généraux du multilinguisme en Guyane.
2012 : Le 31 janvier paraît l’article dans les Nouvelles Calédoniennes sur mon portrait en tant qu’enseignant chercheur et docteur en sciences de l’éducation.
Le 26 mars à la demande du Président de la Province des Iles Loyauté et de son assemblée une première conférence a été organisée en commission spéciale devant tous les élus et les administratifs de la Province des Iles Loyauté à Wé Lifou.
Le 27 mars à l’invitation du CNDPA (Conseil National pour les Droits des Peuples Autochtones) et du Sénat coutumier une deuxième conférence a été tenue à Nouméa à la grande salle de réunion du Sénat coutumier.
Le 02 avril à l’invitation du Congrès de la Nouvelle-Calédonie une troisième conférence s’est tenu au siège du Congrès à Nouméa pour la présentation des outils pédagogiques élaborés à la Province des Iles Loyauté.
2024 : Le 11 et 12 mars au sénat coutumier. Une conférence a été faite sur le concept de la réconciliation et du pardon selon la vision kanak. C’est dans le cadre d’un séminaire organisé par le sénat coutumier sur le thème de la justice transitionnelle dans le pays kanak.
Il existe plusieurs approches pédagogiques possibles pour permettre d’enseigner efficacement aux élèves dans les classes. Cependant, on constate quand même des inégalités dans les résultats scolaires quels que soient les établissements scolaires.
Chaque élève est différent physiquement, psychologiquement, culturellement, socialement et même économiquement.
Chacun a grandi et évolué dans un espace différent ce qui fait le caractère d’unicité de chaque élève qui arrive à l’école.
Tout individu a donc perçu des connaissances similaires ou particulières en fonction de son espace de vie, de ce qu’il est, et surtout, de ce qu’il a, formant ainsi sa propre identité.
Avec l’approche dite « multidimensionnelle« , l’enseignant propose les diverses dimensions dans lesquelles sont inscrits divers champs conceptuels et les élèves en fonction de leurs compétences choisissent les ingrédients conceptuels qui ont un sens pour eux afin de composer leurs tissus de savoirs.
En effet, c’est l’élève qui construit son propre savoir, l’enseignant ne met pas en place seulement des scénarios mais surtout des simulations pédagogiques faisant croire à l’élève qu’il reconstruit le monde afin de le mettre véritablement en situation de recherche.
L’enseignement du second degré a été transféré au gouvernement de la Nouvelle-Calédonie par l’Etat français. Le pays calédonien a la responsabilité de réviser son propre système éducatif.
Aussi, c’est avec beaucoup d’intérêt que le travail de cette approche a été suivi. Elle permet d’articuler les différentes disciplines, de valoriser les langues et les cultures du pays, d’établir une relation de continuité pédagogique du premier au second degré, de fédérer les différentes institutions calédoniennes et surtout de renforcer le partenariat entre l’école et les parents d’élèves.
L’approche multidimensionnelle permet non seulement de prendre en considération les différents acteurs scolaires mais surtout de développer ce qui est fondamentalement inscrit dans la philosophie kanak le « concept de relation » pour renforcer le sentiment de respect et de partage à partir de la plus tendre enfance jusqu’à l’âge adulte.

